vendredi 28 décembre 2012

Protestantisme, Pelagianisme, et Orthodoxie




Protestantisme
  
Jean 15:5 vous ne pouvez rien faire.

 
 
Pelagianisme 
 
Philippiens 4:13 Je peux tout faire.

 
 
Orthodoxie
Jean 15:5 car sans Moi vous ne pouvez rien faire.

Philippiens 4:13 Je peux tout faire en Christ qui me fortifie.

 
source

jeudi 16 décembre 2010

La date de naissance de Jésus confirmée grâce aux manuscrits de la Mer Morte

 

Le 25 décembre de l'An 1, Jésus naquit à Bethléem

En 1995, le savant israélien Shemaryahu Talmon a publié une étude sur le calendrier liturgique découvert dans la grotte 4 de Qumrân (4Q321). Il y trouva incontestablement les dates du service au Temple que les prêtres assuraient, à tour de rôle, encore au temps de la naissance de saint Jean-Baptiste et de Jésus. Selon ce document, copié sur parchemin entre les années 50 et 25 av. J.-C., donc contemporain d'Élisabeth et de Zacharie, la famille des Abia à laquelle ils appartenaient (Lc 1, 5 ; cf. 1 Ch 24,10) voyait son tour revenir deux fois l'an, du 8 au 14 du troisième mois du calendrier essénien, et du 24 au 30 du huitième mois. Cette seconde période tombe vers la fin de notre mois de septembre, confirmant le bien-fondé de la tradition byzantine immémoriale qui fête la "Conception de Jean" le 23 septembre.
Or ce fut, comme l'écrit saint Luc, le « sixième mois » de la conception de Jean que l'ange Gabriel apparut à la Vierge Marie. À compter du 23 septembre, le " sixième mois " tombe très exactement le 25 mars, en la fête de l'Annonciation. Dès lors, Jésus est bien né le 25 décembre, neuf mois plus tard. Noël n'est donc pas « la consécration religieuse et cultuelle d'un évènement cosmique, le solstice d'hiver qui marque la régression de la nuit ». Non ! le 25 décembre est l'anniversaire de la naissance du Christ, tout simplement… Une fois de plus la tradition séculaire de l'Église se trouve en parfait accord avec les plus incontournables découvertes scientifiques. 

Également, il est intéressant de noter que selon la tradition juive, la classe de  Jojarib (cf. 1 Chroniques 24:7) servait dans le temple lors de sa destruction en 70 après J.-C. De là nous pouvons calculer la date du service de la classe d’Abia grâce au calendrier liturgique découvert à Qumrân. Résultat : La date du 25 décembre semble tout à fait indiqué, preuve que l'Église n'a rien inventé, mais a tout préservé....  

Source 

Toutefois, les études du professeur Talmon n’ont pas fait taire les voix qui soutiennent que cette date n’est pas fondée, car elle s’oppose au récit évangélique de Luc qui parle des bergers passant la nuit en plein air, évoquant un contexte plus printanier qu’hivernal. Mais à ce propos, les règles relatives à la pureté des races typiques de l’hébraïsme ont été évoquées, rappelant d’anciens traités dans lesquels on distinguait trois types de troupeaux : ceux composés uniquement de brebis à laine blanche, considérées comme pures et qui après les pâturages pouvaient rentrer dans la bergerie de la ville ; ceux composés de brebis à laine en partie blanche et en partie noire, qui pouvaient rentrer le soir au bercail mais obligatoirement en dehors de la ville ; ceux composés de brebis à laine noire, jugées impures, qui ne pouvaient rentrer ni en ville ni dans la bergerie, devant donc rester toujours dehors avec leurs bergers, à quasiment toutes les périodes de l’année. L’Evangile pourrait donc se référer à des troupeaux de brebis noires qui devaient forcément rester dehors. Luc, en outre, rappelle que les bergers faisaient des tours de garde, ce qui indiquerait une nuit longue et froide, appropriée au contexte hivernal."

mercredi 15 décembre 2010

Signe de croix



« Quand un fidèle se signe, ... il imprime la figure de la Croix sur son être, s'y identifie et par cette figure de l'amour crucifié ... image de l'Amour trinitaire, il devient son icône, transcription vivante du Mystère divin rendu présent en lui »

Paul Evdokimov  

les Franks, initiateurs du racisme moderne ?

"La cité de Dieu" a été un texte politique de référence de Charlemagne selon son biographe Eginhard, qui raconte comment le roi Frank aimait à se faire lire saint Augustin. La raison en est, sans doute, la description de la chute de Rome et la prophétie faite par l'évêque d'Hippone de voir un jour de nouveaux peuples barbares recevoir et porter l'Evangile à la suite des Romains. Pour les Franks de l'époque carolingienne, cette prophètie s'accomplit en eux : ils sont cette nation nouvelle, et cela d'autant plus qu'il n'existe plus de "Romains" si ceux de l'orient sont devenus "Grecs" et si ceux d'occident sont devenus des "serfs" et des "vilains" dont le nom seul est un objet d'exécration.
Ainsi, les Franks ont bénéficié, grâce à Augustin, d'une aura, d'une sorte de vertu sotériologique : ils étaient appelés à sauver le christianisme, à prendre la relève de la Rome romaine. Ne s'est-il pas passé une chose analogue en Amérique latine, quand les conquistadores sont arrivés, accomplissant la prophétie du retour de Quetzalcoatl ? Avant eux, les conquistadores de l'Occident avaient eu besoin de se sentir charismatiques, de se présenter comme voulus par le destin -tous les parvenus croient en leur bonne étoile- et la Cité flattait ces prétentions.

Enfin, et c'est certainement sur ce point que l'augustinisme a façonné le plus profondément l'Occident, la théologie médiévale de la rédemption, tirée des présupposés de l'oeuvre de l'évêque d'Hippone, a transposé sur le plan politique la féodalité des "prédestinés".
Pour Augustin, l'humanité tout entière, coupable du péché originel, serait justement damnée si Dieu, dans sa bonté, ne retirait quelques hommes de la masse, pour les sauver gratuitement et sans qu'ils y soient pour rien.
Ce dernier point est d'importance : il justifie le racisme frank, très différent sur ce point de l'élection divine du peuple juif qu'on trouve dans la Bible. En effet, dans l'Ancien, comme dans le Nouveau Testament, l'élection est volontaire, autrement dit : Dieu choisit qui Le choisit, aime celui qui L'aime et rejette celui qui le rejette. Il n'y a donc pas d'injustice en Dieu ; et toutes les pages de la Bible sont là pour témoigner de cette vérité : quand le peuple de Dieu se détourne de l'alliance, Dieu l'abandonne et le livre aux ennemis.
Rien de tels pour les franks, véritables initiateurs du racisme moderne : ils seront sauvés par nature, la volonté divine dirigeant la leur. Les prédestinés ne sont pas sauvés parce qu'ils font le bien, ni même parce qu'ils veulent le bien ; mais c'est parce qu'ils sont sauvés qu'ils veulent et font le bien.

Dès lors, rien n'empêche que Dieu ait également voulu, dès ici-bas, glorifier ces "sauvés-par-nature" en leur accordant le pouvoir temporel. Les grandeurs d'établissement deviennent le signe d'une supériorité intrinsèque, cachée dans l'âme : la prédestination au salut. C'est, déjà, le sang bleu.
En conclusion : les Franks se sont implicitement considérés eux-mêmes comme la société des prédestinés émergeant, dès ce monde, de la "massa damnata" des populations vaincues et condamnées; Tel a été l'un des aspects les plus essentiels de l'augustinisme politique.


Patrick Ranson, Richard Simon ou du caractère illégitime de l'Augustinisme en théologie, p.164- 165, éditions L'Âge d'Homme.



Vous pouvez vous procurer le livre sur le site de l'éditeur en cliquant sur l'image

mercredi 8 décembre 2010

Confusion des termes "prêtre" et "sacrificateur" chez les protestants


Dans le Nouveau Testament, nombre de nos bibles modernes emploient le mot prêtre pour désigner le sacrificateur. Ce choix de terme est confondant puisqu'il amène à associer les deux termes au lieu de voir dans le terme "prêtre" la déformation française de "presbytre",  "l'ancien" mentionné dans les épîtres,les actes des apôtres et l'Apocalypse. 

Le père Philippe Rolland explique comment cette confusion s'est installée au fil de l'histoire de l'Église :
«L’unité des chrétiens achoppe aujourd’hui sur une question très précise : la signification du ministère pastoral. Alors que pour les catholiques et les orthodoxes, l’ordination presbytérale du président de l’assemblée est nécessaire pour que l’Eucharistie soit célébrée validement, la plupart des protestants admette qu’une communauté composée exclusivement de laïcs non ordonnés peut très valablement se réunir pour la sainte Cène, en choisissant en son sein un président qui redira en son nom les paroles prononcées par Jésus le jeudi saint : «Ceci est mon corps, ceci est mon sang».
La position protestante s’appuie sur une conviction de Luther, fondatrice de sa dissidence, à laquelle les Églises issues de la Réforme n’ont pas crû jusqu’ici devoir officiellement renoncer : c’est que le sacrement de l’ordre est une invention humaine, sans fondement dans la volonté du Christ. 
Cette position de Luther s’appuyait sur la découverte qu’il venait de faire du sacerdoce baptismal de tous les chrétiens :
"Nous sommes absolument tous consacrés prêtres par le baptême, comme le dit Saint- Pierre : « Vous êtes un sacerdoce royal et une royauté sacerdotale », et l’Apocalypse : « Tu as fait de nous par l’effusion de ton sang des prêtres et des rois » (1 Pierre 2.9). Car s’il n’y avait pas en nous une plus haute consécration que n’en donnent le pape et les évêques, jamais la consécration que n’en donnent le pape et les évêques, jamais la consécration du pape et des évêques ne produirait des prêtres capables de célébrer la messe, de prêcher et d’absoudre." (M.Luther, À la noblesse chrétienne de la nation allemande, dans Œuvres, t.II,p.85)
En niant l’existence du sacrement de l’ordre et en le remplaçant par le sacerdoce baptismal, Luther avait bien conscience de saper tout l’édifice doctrinal de l’Église catholique : il déniait toute autorité magistérielle au pape et aux évêques réunis en Concile. Il conclut ainsi son pamphlet contre le sacrement de l’ordre :
"Si ce sacrement et cette invention venaient un jour à tomber, la papauté elle-même, avec ses caractères, ne subsistera qu’à grande peine et la bienheureuse liberté nous reviendra." (De la captivité...,p.253)
Pour montrer que « nous sommes absolument tous consacrés prêtres par le baptême », Luther a invoqué un très beau texte du Nouveau Testament, tiré de la première épître de Pierre : 

Approchez-vous de lui, pierre vivante, rejetée par les hommes mais choisie et précieuse devant Dieu. Vous-mêmes, comme des pierres vivantes, entrez dans la construction de la Maison habitée par l’Esprit, pour constituer une sainte communauté sacerdotale, pour offrir des sacrifices perpétuels, agréables à Dieu par Jésus-Christ. Car on trouve dans l’Écriture : « Voici que je pose en Sion une pierre angulaire, choisie et précieuse, et celui qui met en elle sa confiance ne sera pas confondu » (Isaïe 28.16)
À vous donc, les croyants, l’honneur ; mais pour les incrédules : « la pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle » (Psaumes 118.22) et aussi : « une pierre d’achoppement, un roc qui fait tomber » (Isaïe 8.14).  
Ils s’y heurtent, parce qu’ils refusent de croire à la Parole, et c’est à cela qu’ils étaient destinés. Mais vous, vous êtes la race élue, la royale communauté sacerdotale, la nation sainte, la peuple que Dieu s’est acquis, pour que vous proclamiez les hauts faits de celui qui vous a appelés des ténèbres à sa merveilleuse lumière, vous qui jadis n’étiez pas son peuple, mais qui maintenant êtes le peuple de Dieu, vous qui n’aviez pas obtenu miséricorde, mais qui maintenant avez obtenu miséricorde (1Pierre 2.4-10)

On ne peut qu’être reconnaissant à Luther d’avoir attiré l’attention de l’Église sur cette réalité magnifique : les croyants sont les pierres vivantes de la Maison de Dieu, ils se tiennent devant Dieu pour lui rendre le vrai culte qui lui plaît, c’est-à-dire offrir des « sacrifices spirituels ».
Pour bien comprendre la pensée de Saint-Pierre, il nous faut porter attention aux textes de l’Ancien Testament qu’il utilise. L’un d’entre eux se trouve en Isaie (je cite d’après la traduction grecque des Septantes, celle que Pierre utilisait) :
"Je procure dans le désert de l’eau, des fleuves dans la lande, pour abreuver ma race élue, mon peuple que je me suis acquis pour proclamer mes hauts faits." (Isaie 43.20,21)
Saint-Pierre applique donc aux chrétiens ce qui était dit dans le livre d’Isaïe du peuple d’Israël :
"C’est vous qui êtes cette race élue, ce peuple que Dieu s’est acquis pour que vous proclamiez ses hauts faits."
Mais il enrichit cette notion de « race élue » en se référant au moment où Dieu s’est acquis son peuple, c’est-à-dire lors de l’Alliance au Sinaï. Ce jour-là, Dieu avait dit à Israël :
"Si vous écoutez ma voix et gardez mon alliance, je vous tiendrai pour mon peuple particulier parmi toutes les nations, car toute la terre est à moi. Vous serez pour moi une royale communauté sacerdotale, une nation sainte ! " (Exode 19,5-6, LXX)
On voit ainsi quel est le privilège d’Israël dont Saint-Pierre dit qu’il est maintenant l’apanage des chrétiens : ils sont « le peuple particulier de Dieu », la « communauté sacerdotale du roi », c’est-à-dire le peuple qui rend à Dieu, roi du monde, le culte véritable. 
Telle est la dignité des chrétiens : ils sont les sacrificateurs qui se tiennent en présence de Dieu, et qui lui offrent des sacrifices spirituels par les mains de Jésus-Christ:

De la part de Jésus-Christ, le témoin fidèle, le premier-né des morts, et le prince des rois de la terre! A celui qui nous aime, qui nous a délivrés de nos péchés par son sang, et qui a fait de nous un royaume, des sacrificateurs pour Dieu son Père, à lui soient la gloire et la puissance, aux siècles des siècles! Amen! (Apocalypse 1.5,6)   

Ils n’offrent plus, comme autrefois, des agneaux, des boucs ou des taureaux, mais des sacrifices spirituels. Cette notion de sacrifice spirituel est bien connue de l’époque néo-testamentaire. Elle consiste à exercer la miséricorde (Matthieu 9,13 ;12,7), à aimer le Seigneur de tout son cœur, de toute son intelligence et de toute sa force, et à aimer son prochain comme soi-même (Marc 12,33), à partager ses biens avec ceux qui sont dans le besoin (Philippiens 4,18), à pratiquer la bienfaisance et l’entraide communautaire (Hébreux 13,16), à confesser le nom de Dieu (Hébreux 13,15), en un mot à nous offrir nous-mêmes en sacrifice vivant, pour le service du Seigneur » : "Je vous exhorte donc, frères, par les compassions de Dieu, à présenter vos corps en sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu, ce qui est votre service intelligent". (Romains 12,1). Nous nous unissons ainsi au Christ, notre Grand Sacrificateur (Hébreux 9,11), qui « nous a aimés et s’est livré lui-même à Dieu, pour nous, en offrande et victime, comme un parfum d’agréable odeur. » (Ephésiens 5,2)

 Cette notion de sacerdoce est très belle : dans la mesure où nous sommes unis au Christ, nous sommes dans un contact immédiat avec Dieu, et toute notre vie peut devenir un sacrifice perpétuel, grâce à l’amour qui remplit notre cœur et qui nous fait « donner notre vie pour nos frères. » (1Jean 3,16)
Mais la notion de « sacerdoce » est extrêmement différente de la notion de « presbytérat », dont parle la même première épître de Pierre en un autre endroit. Reprenons ce verset :
"J’exhorte donc les presbytres qui sont parmi vous, moi qui suis presbytre avec eux et témoin des souffrances du Christ, moi qui aie part à la gloire qui va être révélée : Paissez le troupeau de Dieu qui vous est confié, non par contrainte, mais de bon gré, selon Dieu ; non par cupidité, mais par dévouement ; n’exerçant pas un pouvoir autoritaire sur ceux qui vous sont échus en partage, mais devenant les modèles du troupeau. Et quand paraîtra le souverain berger, vous recevrez la couronne de gloire qui ne se flétrit pas." (1Pierre 5,14)
On voit bien par ce texte ce qu’est la notion de « presbytérat ». Ceux auxquels Pierre s’adresse sont les chefs de la communauté, ses « pasteurs ». Ils ont reçu de Dieu, l’autorité pastorale sur le troupeau du Christ, comme Pierre, « presbytre avec eux », l’a reçue du Christ ressuscité, quand il lui a dit : « Sois le berger de mes brebis » (Jean 21.15-16-17). Cette autorité, ils ne doivent pas l’exercer de manière autoritaire ou cupide, mais ils l’ont effectivement reçue, et personne d’autre ne doit l’usurper, car c’est à eux que le troupeau de Dieu est confié. Ils sont les pasteurs visibles qui tiennent la place du souverain berger invisible, auquel ils devront rendre des comptes.
Le vocabulaire employé pour le « sacerdoce » et le « presbytérat » n’est pas du tout le même en grec. La « communauté sacerdotale » se dit en grec "hiérateuma", d’un mot dérivé de "hiéreus", le sacrificateur, l’immolateur, l’homme du sacré. La fonction du sacrificateur est d’immoler les victimes et de les présenter à Dieu. Dans un tout autre sens, le "presbytre" (en grec "presbutéros", "le plus âgé", "l'ancien") est l’aîné de la communauté, son sénateur, celui qui a reçu l’autorité pour la diriger. Le mot "presbutéros", transposé en latin sous la forme "presbyter", a donné naissance dans nos langues modernes à l’expression "prestre", devenue "prêtre" en français, "priester" en allemand, "priest" en anglais, "prete" en italien, etc. Il y a donc une grande différence étymologique entre le "sacerdoce", habilitation à offrir des sacrifices, et la "prêtrise", habilitation à diriger une communauté.

Un exemple :
Πᾶς γὰρ ἀρχιερεὺς ἐξ ἀνθρώπων λαμβανόμενος ὑπὲρ ἀνθρώπων καθίσταται τὰ πρὸς τὸν θεόν, ἵνα προσφέρῃ δῶρά τε καὶ θυσίας ὑπὲρ ἁμαρτιῶν (hébreux 5.1)

καθὼς καὶ ἐν ἑτέρῳ λέγει, Σὺ ἱερεὺς εἰς τὸν αἰῶνα κατὰ τὴν τάξιν Μελχισέδεκ. (hébreux 5.6)

ὅπου πρόδρομος ὑπὲρ ἡμῶν εἰσῆλθεν Ἰησοῦς, κατὰ τὴν τάξιν Μελχισέδεκ ἀρχιερεὺς γενόμενος εἰς τὸν αἰῶνα. (hébreux 6.20)

Nous remarquons dans les versets cités que le terme "prêtre" (presbytre / Πρεσβυτέρος en grec) n'apparaît pas, le terme "sacrificateur" ( ireus / ἱερεὺς en grec) étant le seul à être employé. Le mot prêtre n'est d'ailleurs jamais utilisé dans l'épître aux hébreux. 

Notons que nombre de traductions françaises de la bible emploient le mot "prêtre" au lieu de "sacrificateur"... Ainsi, la bible de Jérusalem, la TOB, la Segond 21, la NBS, la Parole de Vie, la bible en français courant, la Semeur commettent toutes la même erreur, tandis que la Segond 1910, la Colombe, la Darby, la Martin ou encore la Genève (1669) (qui sont toutes des bibles protestantes) traduisent correctement.
 Comment en est-on arrivé à mélanger les deux termes ?
Progressivement, dans l’histoire postérieure, les deux notions ont tendu à se confondre. D’une part, du fait que les presbytres chrétiens présidaient le sacrifice eucharistique, et disaient par conséquent au nom du Christ : « Ceci est mon Corps, ceci est mon sang », les Pères de l’Église n’ont pas hésité à leur attribuer un rôle sacrificateur analogue aux descendants d’Aaron dans l’Ancien Testament, et dans la liturgie, on s’est mis à les appeler "hiéreis" ("sacerdotes" en latin). Inversement d’autre part, le substantif "sacrificateur" n’étant jamais devenu populaire dans le français moderne, les traducteurs de l’Ancien Testament lui ont substitué le mot "prêtre", impropre en soi à désigner leur fonction. Nous parlons aujourd’hui des "prêtres juifs", ou même des "prêtres païens", alors qu’il faudrait en rigueur de termes parler des "sacrificateurs juifs" ou des "sacrificateurs païens" . En vertu de cette confusion, les chrétiens ont peu à peu oublié que tout baptisé possédait la dignité sacerdotale, et ils ont réservé aux prêtres le substantif "sacerdoce" et l’adjectif "sacerdotal". Il est classique chez les catholiques de parler de "vocation sacerdotale" plutôt que de "vocation presbytérale" (...).
C’est sur la base de cette confusion de vocabulaire que Luther a commis une erreur exégétique fatale, ruineuse pour l’unité de l’Église, et, interprétant le texte de la première épître de Pierre : "vous êtes une sainte communauté sacerdotale", comme si elle signifiait : "Vous êtes tous des presbytres".


vendredi 3 décembre 2010

Le don du Saint-Esprit et la déification de l'homme - par le Père Placide Deseille


Selon la terminologie de certains Pères de l'Eglise, le troisième terme du ternaire corps - âme - esprit désigne ainsi le don du Saint-Esprit, autrement dit la grâce divine qui, selon la parole de l'apôtre Pierre, nous rend "participants de la nature divine" (2 Pierre 1.4). Un auteur spirituel français du XIXe siècle, bon connaisseur de la pensée des Pères grecs sur ce sujet, la résumait ainsi :

"la grâce est la vie même de Dieu, communiquée à une âme, non pas en image, si ressemblante que cette image puisse être, mais réellement et en vérité. Par la grâce, nous sommes pénétrés de Dieu, imprégnés de Dieu, nous vivons en lui et de lui, nous participons à sa nature, comme le fer rouge participe à la nature du feu, et, tout en restant du fer, devient feu, brillant comme le feu. De là ces expressions si connues et si peu comprises, que, par la grâce, nous sommes "fils de Dieu", membres de Jésus-Christ" et "dieux nous-mêmes", expressions qui ne sont point de simples figures, mais qui renferment dans leurs insondables profondeurs, des réalités aussi merveilleuses que certaines. Tel est le mystère de la sanctification : par la grâce nous sommes déifiés. C'est la plus grande oeuvre de Dieu."
Les Pères ont précisé que l'homme ne participe non à l'"essence" de Dieu, mais à ses "énergies" divines et incréés. Selon leur vocabulaire, dire que l'homme participe à l'essence de Dieu serait en faire une personne de la Sainte Trinité, comme le Fils et le Saint-Esprit, à qui le Père communique tout ce qu'il est. Lorsque Dieu agit en dehors, si l'on peut s'exprimer ainsi, de sa vie intra-trinitaire, il le fait librement, par des opérations ou énergies dont l'effet est d'abord de donner l'existence aux créatures, puis d'exercer envers elles sa providence. Mais à l'égard de l'homme, l'action divine s'exerce aussi d'une autre manière. Elle ne produit plus alors une réalité créée, mais elle s'unit à l'agir de l'homme, si celui-ci y consent, comme le feu s'unit au fer qu'il rougit et transforme en feu, sans détruire sa nature. Ce n'est là qu'une image très imparfaite, mais que les Pères ont souvent utilisée, la jugeant suffisamment évocatrice. Ce sont les opérations ou énergies (le terme grec "énergeia" peut se traduire par ces deux mots) divines de cette sorte que l'on appelle "grâce" ou "don du Saint-Esprit". Leur présence dans l'homme lui apporte la lumière et la force nécessaires pour accomplir les préceptes divins, en même temps qu'elle divinise son agir et le fait de vivre "dans le Christ". Le chrétien peut alors dire comme l'apôtre Paul : "Ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi" (Gal. 2.29).

Toute opération divine dans le monde créé appartient inséparablement aux trois Personnes de la Trinité, car elles n'ont qu'une même opération, comme elles ont une unique essence. Mais chacune cependant de ces divines Personnes l'exerce selon son mode propre. En ce qui concerne les énergies qui sanctifient l'homme, le Père en est la source première ; le Fils, dont la sainte humanité elle-même, depuis la résurrection, possède la plénitude de la grâce déifiante, la communique aux hommes à travers cette nature humaine glorifiée, faisant d'eux les membres de son Corps, dont ils reçoivent ainsi la vie divine ; le Saint-Esprit, dont le nom, en hébreu et en grec évoque le souffle et l'inspiration, a de ce fait une affinité particulière avec cette grâce, appelée don du Saint-Esprit, dont le chrétien reçoit les prémices au baptême.

Il convient de préciser que le terme d'"énergies" employé par la théologie Orthodoxe doit être interprété dans le contexte qui lui est propre. Il s'agit de l'agir incréé d'un Dieu personnel, et non d'entités semi-divines, intermédiaires entre Dieu et les créatures. Encore moins peut-on confondre ces énergies divines avec les énergies cosmiques, ou avec les énergies psycho-physiques mises en oeuvre par certaines médecines nouvelles : les unes et les autres sont purement d'ordre créé.

Corps - âme - esprit par un orthodoxe, Père Placide Deseille, éditions "Le Mercure Dauphinois".








jeudi 2 décembre 2010

Le progrès spirituel et le combat invisible - par le Père Placide Deseille



Au baptême, le cœur de l'homme, cette intériorité profonde dont le coeur de chair est l'organe symbolique, est récréé par l'Esprit-Saint. Celui-ci y grave sa loi et le pénètre de son onction (cf.Heb 10.16 ; 1 Jean 2.27) ; en d'autres termes, il y restaure pleinement le sens intime et l'attrait des biens véritables, permettant ainsi à la liberté humaine de triompher de toutes sollicitations et de tous les attraits du mal.
Mais en fait, dans le baptisé, ces énergies divines ne sont encore qu'à l'état de germes qui requièrent la coopération de la grâce divine et de la liberté humaine pour que s'instaurent dans l'homme une orientation habituelle et spontanée de tous les mouvements de son psychisme vers Dieu (c'est l'impassibilité, apathéia), et une expérience intuitive et savoureuse de la présence intime de Dieu (c'est la contemplation, théoria).
D'autre part, le baptême laisse subsister en l'homme des inclinaisons mauvaises, vestiges du péché, que la grâce lui donne le pouvoir de combattre victorieusement, mais qui demeurent redoutables. Si l'homme laisse son esprit (ou plutôt son intellect, noûs) s'échapper par les sens du corps et se porter sans contrôle vers les objets extérieurs, il fournira un aliment à ces tendances centrifuges, les réveillera, et s'exposera à y consentir. La présence de ces objets n'est même pas nécessaire pour cela : il suffit que, les démons aidant, naisse dans l'âme le souvenir d'objets capables de nous apporter une satisfaction contraire à l'ordre divin, et que la volonté cède à la passion ainsi suscitée. L'homme doit ainsi mener un combat invisible incessant "plus ardu que la guerre visible", dira Philotée le Sinaite.
Le caractère progressif du développement de la vie spirituelle tient ainsi à deux raisons. D'une part, toutes les formes de vie, dans notre monde sont engagées dans le temps et soumises à une loi de croissance. L'embryon se développe pour devenir un enfant, puis un homme accompli. Le grain mis en terre doit se développer et croître, jusqu'à la maturité du fruit.
D'autre part, si la déification plénière était accordée à l'homme sans que soit exigé de lui un long combat spirituel, elle serait seulement subie, elle ne serait pas vraiment sienne. "Sans la volonté de l'homme, Dieu lui-même ne fait rien, bien qu'il le puisse, par respect du libre arbitre", disait saint Macaire d'Égypte. Certes, le don de la grâce ne peut être l'œuvre que de Dieu seul. Mais pour que l'homme puisse être réellement transfiguré par cette grâce et tout entier pénétré par elle, il faut qu'il lui apporte son concours, fasse des efforts et combatte sans répit, bien que, par eux-mêmes, ces efforts ne puissent être qu'inefficaces. C'est ainsi qu'après un temps plus ou moins long, le don de l'Esprit Saint lui sera vraiment approprié, sans qu'il puisse pour autant se glorifier de rien.

Introduction à la philocalie

dimanche 28 novembre 2010

L'interprétation patristique du premier péché


Jamais les Pères de l'Eglise n'ont affirmé que la mort était une punition de Dieu, mis en colère par la transgression d'Adam. Rappelons que telle est bien la doctrine officielle de l'Eglise catholique -même si beaucoup l'ont oubliée aujourd'hui-, et que le Concile de Trente place sous l'anathème ceux qui ne l'acceptent point : "si quelqu'un ne confesse pas que le premier homme Adam a subi à cause de sa transgression la colère et l'indignation de Dieu, puis la mort dont Dieu l'avait auparavant menacé... qu'il soit anathème".

Les interprétations modernistes -en réalité très anciennes et gnostiques- qui font d'Adam la figure de "l'humanité en général" et de son péché un "symbole", n'ôte rien à cette exégèse terrible qui a, pourrait-on dire, pénétrer jusqu'aux moelles l'Occident, consciemment ou non : Dieu auteur indirect de la mort, par l'intermédiaire de son bourreau, Satan.

Au contraire, saint Justin affirme que le diable a réussi à faire attribuer à Dieu le mal et la mort. Comme dans la parabole évangélique du maître qui distribue les talents à ses serviteurs, la théorie qui fait Dieu "dur et cruel" est le fait du pécheur, qui voit le Dieu bon d'une manière faussée, "hérétique".
Théophile d'Antioche explique que l'homme, créé ni mortel ni immortel, mais capable de l'un comme de l'autre selon l'inclinaison qu'il prendrait, était appelé à l'immortalité et à la déification. Ayant goûté trop tôt de l'arbre de la connaissance, sans y être préparé, il a manqué sa véritable "prédestination", le but qu'il devait atteindre. Toutefois, cet arbre ne portait pas en lui-même la mort ; il était bon, et son fruit bon était réservé à l'homme qui devait le manger une fois devenu adulte et capable de porter la science du bien et du mal, c'est-à-dire la connaissance de la guerre qui avait eu lieu  entre Satan et Dieu. Or Adam était encore enfant quand il y goûta, se rendant ainsi malade. Ainsi la nature humaine est tombée malade et Dieu, dans sa bonté, a permis la mort, afin que l'homme ne vécût pas éternellement malade.

De l'interprétation des Pères se dégage deux points essentiels, qui opposent le "péché des ancêtres" à toute notion de "péché originel" : d'une part, le péché d'Adam consiste non pas dans une culpabilité mais dans une maladie ; d'autre part, la mort est permise par Dieu, non comme un châtiment, mais comme un remède, pour permettre à l'homme une glorieuse résurrection. Car rien ne serait plus effroyable qu'une maladie éternelle, un vieillissement sans fin.

Saint Grégoire Palamas, reprenant, récapitulant l'enseignement patristique montre que la Parole divine à Adam "le jour où tu en mangeras, tu mourras certainement", n'est pas une menace, ou l'annonce sévère d'un châtiment comme l'a cru Augustin et la scolastique après lui, mais un simple avertissement : "Dieu n'a pas dit à Adam : "retourne d'où tu fus tiré", mais il lui a dit : "tu es terre et tu retourneras à la terre"... il n'a pas dit, "le jour où tu en mangeras, meurs", mais "le jour où tu en mangeras, tu mourras certainement". Plus tard, il n'a pas dit : "retourne maintenant à la terre", mais "tu retourneras", l'avertissant ainsi puis permettant avec justice et laissant arriver ce qui allait arriver".  

Tombée malade en Adam, la nature humaine a dû attendre le second Adam, le Christ, vrai Dieu et vrai Homme, qui a libéré les hommes du règne des trois seuls ennemis de l'homme, le diable, le péché et la mort. Certes, "tous en péché en Adam", mais il faut l'entendre non comme saint Augustin de la culpabilité, mais, avec Cyrille d'Alexandrie et les autres Pères, de la nature humaine malade héritée d'Adam : "comment "tous ont péché en Adam" ? En quoi les péchés de celui-ci nous regardent-ils ? Comment nous tous et ceux qui ne sont pas encore nés, avons-nous été condamnés avec lui ? Et cela, bien que Dieu ait dit que les pères ne mourraient pas pour leurs enfants ni les enfants pour leurs pères : "l'âme qui aura péché, c'est elle qui mourra" (Deutéronome 24.16) ? N'est-ce pas l'âme qui a péché qui doit mourir ?
 
Nous sommes devenus pécheurs par la désobéissance d'Adam de la manière suivante ; Adam a été créé pour l'incorruptibilité et la vie. En lui était la vie sainte dans le paradis de la félicité. Son esprit était tout entier et toujours tourné vers la vision divine, son corps était dans la sérénité et la tranquillité, libre de toute volupté honteuse ; en lui, il n'y avait pas le bruit de mouvements désordonnés. Mais qu'il fut tombé dans le péché et eut glissé vers la corruption, dans la nature de sa chair s'introduisirent les plaisirs et les impuretés, et dans nos membres s'est levé la loi de la férocité. La nature est tombée malade par le péché de la transgression d'un seul, c'est-à-dire Adam. C'est ainsi que tous nous sommes devenus pécheurs, non pas en transgressant avec Adam, car nous n'étions pas avec lui, mais comme étant de sa nature, tombée sous la loi du péché... La nature humaine est tombée malade en Adam ; par la transgression et par la corruption, les passions ont pénétré en elle".

Si une telle doctrine patristique avait été préférée en Occident à celle d'Augustin -laquelle, il est vrai, fut imposée par les conquérants Franks- nombreux auraient été ceux qui auraient évité l'expérience douloureuse et désespérée de l'athéisme.



Patrick Ranson, Richard Simon ou du caractère illégitime de l'Augustinisme en théologie, p.111- 114, éditions L'Âge d'Homme.



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La question du péché originel


Augustin est l'inventeur du péché "originel", c'est-à-dire de l'idée d'une transmission de la culpabilité adamique de façon personnelle et de génération en génération.
Pour cette raison, l'Église médiévale franque en a fait son "docteur de la grâce" -une grâce irrésistible pouvant seule nous sauver du péché originel-, l'interprète par excellence de l'œuvre de saint Paul ; pour la même raison, mais en sens inverse, les dogmes injustes de la culpabilité héréditaire, de la prédestination et de la massa damnata ont été rejetés par les auteurs les plus divers.  Certains, à l'extrême, comme Jansénius, ont même préféré Augustin à saint Paul ; d'autres à l'opposé, ont rejeté le christianisme avec la fausse exégèse augustinienne à laquelle ils identifiaient le message évangélique.
Pressé par les pélagiens, Augustin n'a, du reste, pas nié qu'il avait abandonné l'exégese traditionnelle qu'il suivait encore dans le Traité du libre arbitre.
Pour Augustin, le péché originel est le péché où s'origine notre culpabilité ; la chute due à la désobéissance d'Adam a pour châtiment l'exil, la mort et la perte absolue de notre liberté.
L'homme est le seul responsable de la chute, puisque, libre, il était dans un état suffisant pour "ne pas être mauvais s'il ne l'avait pas voulu". La chute suppose, pour le docteur d'Hippone, que l'homme immortel veut désobéir à Dieu en connaissance de cause, et c'est par la chute qu'il a perdu librement sa liberté en provoquant la colère divine.
Dès lors, si Dieu, dans sa bonté, sauve quelques hommes, c'est sans participation de leur liberté, puisque la chute les a tous rendus coupables. La grâce, comme son nom l'indique, est purement gratuite : «Depuis la chute, écrit Augustin dans le Don de Persévérance, Dieu veut que ce soit à sa grâce seule que l'homme doive de s'approcher de lui, et que ce soit à sa grâce seule qu'il doive de ne pas le quitter».
Sans cette gratuité de la prédestination qui fait que Dieu en choisit quelques uns indépendamment de toute œuvre qui leur soit propre, toute l'humanité, cette "massa damnata" serait justement condamnée : "Ce n'est pas injustement mais par une juste sentence que le péché d'un seul a entrainé la condamnation de tous". Le péché héréditaire est ici à la fois collectif -c'est-à-dire propre à la nature humaine après la chute- et personnel -c'est-à-dire imputable à chacun. La faute, avant d'être ma faute, est celle d'Adam qui m'a transmis la culpabilité.
Gratuite, voulue par Dieu seul, la prédestination est "justement" inégalitaire : "Dieu montre donc sa colère : ce n'est point un trouble de l'esprit qui accompagne la colère de l'homme, c'est une punition juste et invariablement résolue, parce que le péché et la peine proviennent d'une racine de désobéissance... Dieu a voulu la naissance de tant d'hommes qu'il savait par avance ne pas appartenir à sa grâce pour qu'ils fussent incomparablement plus nombreux que les enfants de la promesse qu'il a daignés prédestiner à la gloire de son Royaume ; cette multitude de réprouvés devait montrer que le nombre des damnés, quel qu'il soit, lorsqu'ils le sont justement, ne fait rien à la justice de Dieu".
Tout cela s'oppose à la doctrine des autres Pères, pour lesquels la grâce est offerte à tous, et il revient à chacun de l'accepter ou de la refuser. Le salut est ainsi le résultat d'une coopération de la volonté divine qui donne la grâce et du libre arbitre humain qui l'accepte. C'est ainsi que les Pères expliquent la parole de saint Paul : "Dieu veut que tous les hommes soient sauvés" ; Dieu les appelle tous absolument ; ceux: qui acceptent son appel sont sauvés. Augustin connait très bien cette doctrine, et va la réfuter.

Selon lui, l'arbitraire de la prédestination est "démontré" par la mort sans baptême de certains nouveaux-nés qui sont ainsi condamnés par Dieu à un enfer éternel -du moins selon notre auteur : "Comment peut-on dire que "tous les hommes recevraient la grâce si ceux à qui elle n'est pas donnée ne la repoussaient pas de leur propre volonté" et que "cela résulte de la parole de l'Apôtre: Dieu veut que tous les hommes soient sauvés" -puisque la grâce n'est pas donnée à bien des enfants et que beaucoup d'entre eux meurent sans elle ? Ils n'ont pas une volonté qui s'y oppose, et parfois, malgré le désir et la hâte de leurs parents, et les prêtres étant tout proches et de bonne volonté, c'est Dieu lui même qui refuse la grâce ; l'enfant pour le salut duquel chacun se pressait expire avant d'avoir reçu le baptême. Il est donc manifeste que ceux qui résistent à l'évidence de cette vérité ne comprennent pas du tout dans quel sens il a été dit que Dieu veut que tous les hommes soient sauvés, car beaucoup ne sont point sauvés, non point parce qu'ils ne l'ont point voulu. mais parce que Dieu lui-même ne l'a pas voulu... plusieurs ne sont pas sauvés, les hommes le voulant, mais Dieu ne le voulant pas".
Toute l'œuvre de R. Simon est une protestation contre la barbarie d'une telle doctrine qui n'a aucun fondement dans la tradition théologique et exégétique de l'Église.
Avec une grande minutie, Simon relève l'opposition des théologiens qui, en "Orient" et même en Occident, ont rejeté la doctrine du "péché originel"  ; il montre les résistances à cette théologie de la rédemption depuis saint Jean Cassien, saint Fauste de Riez, saint Vincent de Lérins, jusqu'à Sadolet, Maldonat et Jean de Launoy.
Margival a bien vu cette aversion de Simon: "Cette théologie augustinienne qui est celle de son siècle tout entier, c'est peu dire que R. Simon y demeure étranger ; elle lui inspire une aversion qu'il n'essaye pas de dissimuler. Que penser d'une doctrine qui a pour première conséquence de condamner au supplice, avec tant de vagues multitudes idolâtres, tous les enfants morts sans baptême, sinon qu'elle est le digne pendant de ces législations antiques qui vouaient à l'esclavage ou à la mort tout ce qui n'était pas l'élite de quelque aristocratique cité". Cette aversion, cependant, Simon la fonde sur de rigoureuses critiques exégétiques.

Patrick Ranson, Richard Simon ou du caractère illégitime de l'Augustinisme en théologie, p.97 - p.101 éditions L'Âge d'Homme.



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jeudi 25 novembre 2010

Bossuet avait tout dit !

"Si l'on souffre de tels excès, on voit où la religion est réduite. L'idée que nous en donne M. Simon est non seulement que l'Orient et l'Occident ne sont pas d'accord dans la foi, mais encore qu'un novateur a entrainé tout l'Occident après lui ; que l'ancienne foi a été changée ; qu'il n'y a plus par conséquent de Tradition constante puisque celle qui l'était jusqu'à saint Augustin a cessé de l'être depuis lui et que les seuls grecs ayant persisté dans la doctrine de leurs pères, il ne faut plus chercher la foi et l'orthodoxie que dans l'Orient."

Jacques-Bénigne BOSSUET, Défense de la Tradition et des saints Pères (1693)

mercredi 24 novembre 2010

Le Pentateuque protestant

Comment les Protestants nommeraient-ils les cinq premiers livres du Nouveau Testament, s'ils étaient vraiment fidèles et totalement honnêtes envers leur position "anti-traditionnelle", appliquant leurs principes et présupposés contre la Tradition de manière plus approfondie et rigoureuse :

Premier Livre de Jesus Christ 1 Jesus
Deuxième Live de Jesus Christ 2 Jesus
Troisième Livre de Jesus Christ 3 Jesus
Première Lettre à Théophile 1 Théophile
Seconde Lettre à Théophile  2 Théophile


Sur la Sainte Tradition

La "Tradition" n'est pas pure répétition de formules extérieures ; dès lors, il faut, à chaque époque, des êtres déifiés ou illuminés et sur la voie de la glorification, qui comprennent et expliquent, dans les mots de leur temps, les sens des symboles linguistiques par lesquels les déifiés des époques précédentes ont codé leur expérience. 

Patric Ranson, Richard Simon ou du caractère illégitime de l'Augustinisme en théologie,  éditions L'Age D'Homme