vendredi 3 décembre 2010

Le don du Saint-Esprit et la déification de l'homme - par le Père Placide Deseille


Selon la terminologie de certains Pères de l'Eglise, le troisième terme du ternaire corps - âme - esprit désigne ainsi le don du Saint-Esprit, autrement dit la grâce divine qui, selon la parole de l'apôtre Pierre, nous rend "participants de la nature divine" (2 Pierre 1.4). Un auteur spirituel français du XIXe siècle, bon connaisseur de la pensée des Pères grecs sur ce sujet, la résumait ainsi :

"la grâce est la vie même de Dieu, communiquée à une âme, non pas en image, si ressemblante que cette image puisse être, mais réellement et en vérité. Par la grâce, nous sommes pénétrés de Dieu, imprégnés de Dieu, nous vivons en lui et de lui, nous participons à sa nature, comme le fer rouge participe à la nature du feu, et, tout en restant du fer, devient feu, brillant comme le feu. De là ces expressions si connues et si peu comprises, que, par la grâce, nous sommes "fils de Dieu", membres de Jésus-Christ" et "dieux nous-mêmes", expressions qui ne sont point de simples figures, mais qui renferment dans leurs insondables profondeurs, des réalités aussi merveilleuses que certaines. Tel est le mystère de la sanctification : par la grâce nous sommes déifiés. C'est la plus grande oeuvre de Dieu."
Les Pères ont précisé que l'homme ne participe non à l'"essence" de Dieu, mais à ses "énergies" divines et incréés. Selon leur vocabulaire, dire que l'homme participe à l'essence de Dieu serait en faire une personne de la Sainte Trinité, comme le Fils et le Saint-Esprit, à qui le Père communique tout ce qu'il est. Lorsque Dieu agit en dehors, si l'on peut s'exprimer ainsi, de sa vie intra-trinitaire, il le fait librement, par des opérations ou énergies dont l'effet est d'abord de donner l'existence aux créatures, puis d'exercer envers elles sa providence. Mais à l'égard de l'homme, l'action divine s'exerce aussi d'une autre manière. Elle ne produit plus alors une réalité créée, mais elle s'unit à l'agir de l'homme, si celui-ci y consent, comme le feu s'unit au fer qu'il rougit et transforme en feu, sans détruire sa nature. Ce n'est là qu'une image très imparfaite, mais que les Pères ont souvent utilisée, la jugeant suffisamment évocatrice. Ce sont les opérations ou énergies (le terme grec "énergeia" peut se traduire par ces deux mots) divines de cette sorte que l'on appelle "grâce" ou "don du Saint-Esprit". Leur présence dans l'homme lui apporte la lumière et la force nécessaires pour accomplir les préceptes divins, en même temps qu'elle divinise son agir et le fait de vivre "dans le Christ". Le chrétien peut alors dire comme l'apôtre Paul : "Ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi" (Gal. 2.29).

Toute opération divine dans le monde créé appartient inséparablement aux trois Personnes de la Trinité, car elles n'ont qu'une même opération, comme elles ont une unique essence. Mais chacune cependant de ces divines Personnes l'exerce selon son mode propre. En ce qui concerne les énergies qui sanctifient l'homme, le Père en est la source première ; le Fils, dont la sainte humanité elle-même, depuis la résurrection, possède la plénitude de la grâce déifiante, la communique aux hommes à travers cette nature humaine glorifiée, faisant d'eux les membres de son Corps, dont ils reçoivent ainsi la vie divine ; le Saint-Esprit, dont le nom, en hébreu et en grec évoque le souffle et l'inspiration, a de ce fait une affinité particulière avec cette grâce, appelée don du Saint-Esprit, dont le chrétien reçoit les prémices au baptême.

Il convient de préciser que le terme d'"énergies" employé par la théologie Orthodoxe doit être interprété dans le contexte qui lui est propre. Il s'agit de l'agir incréé d'un Dieu personnel, et non d'entités semi-divines, intermédiaires entre Dieu et les créatures. Encore moins peut-on confondre ces énergies divines avec les énergies cosmiques, ou avec les énergies psycho-physiques mises en oeuvre par certaines médecines nouvelles : les unes et les autres sont purement d'ordre créé.

Corps - âme - esprit par un orthodoxe, Père Placide Deseille, éditions "Le Mercure Dauphinois".








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