jeudi 2 décembre 2010

Le progrès spirituel et le combat invisible - par le Père Placide Deseille



Au baptême, le cœur de l'homme, cette intériorité profonde dont le coeur de chair est l'organe symbolique, est récréé par l'Esprit-Saint. Celui-ci y grave sa loi et le pénètre de son onction (cf.Heb 10.16 ; 1 Jean 2.27) ; en d'autres termes, il y restaure pleinement le sens intime et l'attrait des biens véritables, permettant ainsi à la liberté humaine de triompher de toutes sollicitations et de tous les attraits du mal.
Mais en fait, dans le baptisé, ces énergies divines ne sont encore qu'à l'état de germes qui requièrent la coopération de la grâce divine et de la liberté humaine pour que s'instaurent dans l'homme une orientation habituelle et spontanée de tous les mouvements de son psychisme vers Dieu (c'est l'impassibilité, apathéia), et une expérience intuitive et savoureuse de la présence intime de Dieu (c'est la contemplation, théoria).
D'autre part, le baptême laisse subsister en l'homme des inclinaisons mauvaises, vestiges du péché, que la grâce lui donne le pouvoir de combattre victorieusement, mais qui demeurent redoutables. Si l'homme laisse son esprit (ou plutôt son intellect, noûs) s'échapper par les sens du corps et se porter sans contrôle vers les objets extérieurs, il fournira un aliment à ces tendances centrifuges, les réveillera, et s'exposera à y consentir. La présence de ces objets n'est même pas nécessaire pour cela : il suffit que, les démons aidant, naisse dans l'âme le souvenir d'objets capables de nous apporter une satisfaction contraire à l'ordre divin, et que la volonté cède à la passion ainsi suscitée. L'homme doit ainsi mener un combat invisible incessant "plus ardu que la guerre visible", dira Philotée le Sinaite.
Le caractère progressif du développement de la vie spirituelle tient ainsi à deux raisons. D'une part, toutes les formes de vie, dans notre monde sont engagées dans le temps et soumises à une loi de croissance. L'embryon se développe pour devenir un enfant, puis un homme accompli. Le grain mis en terre doit se développer et croître, jusqu'à la maturité du fruit.
D'autre part, si la déification plénière était accordée à l'homme sans que soit exigé de lui un long combat spirituel, elle serait seulement subie, elle ne serait pas vraiment sienne. "Sans la volonté de l'homme, Dieu lui-même ne fait rien, bien qu'il le puisse, par respect du libre arbitre", disait saint Macaire d'Égypte. Certes, le don de la grâce ne peut être l'œuvre que de Dieu seul. Mais pour que l'homme puisse être réellement transfiguré par cette grâce et tout entier pénétré par elle, il faut qu'il lui apporte son concours, fasse des efforts et combatte sans répit, bien que, par eux-mêmes, ces efforts ne puissent être qu'inefficaces. C'est ainsi qu'après un temps plus ou moins long, le don de l'Esprit Saint lui sera vraiment approprié, sans qu'il puisse pour autant se glorifier de rien.

Introduction à la philocalie

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