mercredi 15 décembre 2010

les Franks, initiateurs du racisme moderne ?

"La cité de Dieu" a été un texte politique de référence de Charlemagne selon son biographe Eginhard, qui raconte comment le roi Frank aimait à se faire lire saint Augustin. La raison en est, sans doute, la description de la chute de Rome et la prophétie faite par l'évêque d'Hippone de voir un jour de nouveaux peuples barbares recevoir et porter l'Evangile à la suite des Romains. Pour les Franks de l'époque carolingienne, cette prophètie s'accomplit en eux : ils sont cette nation nouvelle, et cela d'autant plus qu'il n'existe plus de "Romains" si ceux de l'orient sont devenus "Grecs" et si ceux d'occident sont devenus des "serfs" et des "vilains" dont le nom seul est un objet d'exécration.
Ainsi, les Franks ont bénéficié, grâce à Augustin, d'une aura, d'une sorte de vertu sotériologique : ils étaient appelés à sauver le christianisme, à prendre la relève de la Rome romaine. Ne s'est-il pas passé une chose analogue en Amérique latine, quand les conquistadores sont arrivés, accomplissant la prophétie du retour de Quetzalcoatl ? Avant eux, les conquistadores de l'Occident avaient eu besoin de se sentir charismatiques, de se présenter comme voulus par le destin -tous les parvenus croient en leur bonne étoile- et la Cité flattait ces prétentions.

Enfin, et c'est certainement sur ce point que l'augustinisme a façonné le plus profondément l'Occident, la théologie médiévale de la rédemption, tirée des présupposés de l'oeuvre de l'évêque d'Hippone, a transposé sur le plan politique la féodalité des "prédestinés".
Pour Augustin, l'humanité tout entière, coupable du péché originel, serait justement damnée si Dieu, dans sa bonté, ne retirait quelques hommes de la masse, pour les sauver gratuitement et sans qu'ils y soient pour rien.
Ce dernier point est d'importance : il justifie le racisme frank, très différent sur ce point de l'élection divine du peuple juif qu'on trouve dans la Bible. En effet, dans l'Ancien, comme dans le Nouveau Testament, l'élection est volontaire, autrement dit : Dieu choisit qui Le choisit, aime celui qui L'aime et rejette celui qui le rejette. Il n'y a donc pas d'injustice en Dieu ; et toutes les pages de la Bible sont là pour témoigner de cette vérité : quand le peuple de Dieu se détourne de l'alliance, Dieu l'abandonne et le livre aux ennemis.
Rien de tels pour les franks, véritables initiateurs du racisme moderne : ils seront sauvés par nature, la volonté divine dirigeant la leur. Les prédestinés ne sont pas sauvés parce qu'ils font le bien, ni même parce qu'ils veulent le bien ; mais c'est parce qu'ils sont sauvés qu'ils veulent et font le bien.

Dès lors, rien n'empêche que Dieu ait également voulu, dès ici-bas, glorifier ces "sauvés-par-nature" en leur accordant le pouvoir temporel. Les grandeurs d'établissement deviennent le signe d'une supériorité intrinsèque, cachée dans l'âme : la prédestination au salut. C'est, déjà, le sang bleu.
En conclusion : les Franks se sont implicitement considérés eux-mêmes comme la société des prédestinés émergeant, dès ce monde, de la "massa damnata" des populations vaincues et condamnées; Tel a été l'un des aspects les plus essentiels de l'augustinisme politique.


Patrick Ranson, Richard Simon ou du caractère illégitime de l'Augustinisme en théologie, p.164- 165, éditions L'Âge d'Homme.



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1 commentaire:

  1. J'ai connu Patric-Frédéric Ranson et sa femme Anne personellement.

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